Il est tôt, le jour se lève à peine. Je reste là, allongée, attendant que le silence se fasse dans la maison. Je n’ai pas envie de devoir encore parler, encore croiser et subir des regards de reproche. Je veux être seule, la clope et le premier kawa attendront. Dehors les piafs sifflent à tue-tête, c’est comme un concert de joie, de printemps, une invitation au rire, à la vie, à la liberté…
Je repense à ma lâcheté hier face à Coloc. Oh, je pourrais l’appeler ici, “mari” ou “époux”, mais se serait dénaturer notre relation, l’union n’étant plus depuis des années qu’une “association économique”. Donc ce sera Coloc, autant poser d’emblée les mots justes.
Oui, ma lâcheté hier, quand à la question “tu m’aimes encore ?” j’ai répondu d’un “oui” distrait, un peu agacée d’être interrompue en pleine conversation avec mon “IL”. J’ai répondu “oui” pour avoir la paix, comme on donne un sucre à un gosse ou un petit chien un peu trop mendiant qu’on aime bien pourtant. Pour avoir la paix…
Pourtant ce n’est pas un mensonge. Enfin pas vraiment. C’est pas de l’amour. C’est autre chose. Forcément vivre des années sous le même toit, ça crée des liens. Pourquoi n’ais-je pas pris le temps hier de répondre : “oui, je t’aime, beaucoup, comme un bon copain, comme un pote, parfois, comme un ami souvent…. Je t’aime comme un frère, mais pas comme un mari, parce qu’il manque une dimension entre nous, une dimension que tu m’as refusée pendant trop d’années”… Pourquoi n’ais-je pas pris le temps de lui parler ? Par paresse ? par lâcheté ? pour ne pas faire mal ? je ne sais pas…
Je culpabilise. Comme toujours. Coloc le sait-il ? Oui probablement. En joue-t-il ? Oui probablement aussi. Forcément il connait bien cette faiblesse en moi. Mon talon d’Achille que je cache soigneusement à la face du monde…
Pourtant, et là est le paradoxe, quand je suis rentrée de France, après six jours passés dans les bras de mon “IL”, je lui ai tout dit, enfin non pas tout, il est des secrêts d’alcove qui ne doivent jamais être dévoilés… sourires… Je lui ai dit l’existance de “IL”, et mon intention de le revoir, très vite. Pas dans six mois, pas dans un an. Sans culpabiliser. Sans arrières pensées. Toute occupée à défendre mon droit à l’Amour. A la Sensualité. A ma sexualité. A la tendresse aussi. Et Coloc a accepté, sans état d’ame apparent, me conseillant simplement de prévenir mon “IL” de la bonne nouvelle immédiatement…
Ressent-il que maintenant cette relation a encore évolué ? Je ne sais pas. Je ne sais plus. Je tourne en rond depuis des jours, c’est épuisant.