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Oui, Anx, je serai à jamais incomplète. Je le sais et je l’accepte. Mais crois-tu que le bonheur est dans la finalité ? Je ne sais pas. Il y a la quête et le chemin. Le but ultime et le destin. Car quand bien même trouverais-je la lumière au détours du sentier, que pourra-t-elle m’apporter ? Le savoir, le pouvoir, la sagesse ? … La belle affaire ! La lumière est faite pour être diffusée, or que pourraient mes mots obsolètes, qui ne recherchent que la sérénité… Nul, même pas moi, n’est prêt à écouter, à entendre. Nous avons tous les oreilles coupées et les pieds trop trendres, qui s’écorchent sur le chemin, saignent, tracent les errances vers demain.
Alors tu vois, moi j’ai une chaîne a la cheville, et parfois des talons haut de fille, je marche sur le bitume, je suis fleur d’amertume, fleur de pavé, trop vite poussée sur le fumier.
Pourtant, pourtant… j’ai la phobie de la haine, de tout ce qu’elle déchaine. Car vois-tu il y a lien entre celui qui émet et celui qui ressent. Cela vaut pour tous les sentiments, oui je sais. Mais celui-ci est particulier. Parce que bloquant. Auto-bloquant. Comme l’envie, comme la jalousie. Il empêche les protagonistes d’avancer. Tous les autres sentiments sont porteurs, celui-ci est sorteur, videur de vie, d’énergie. Il tue a petit feu, comme le sida mais en mieux…
Et moi la haine je la connais. Depuis l’enfance je la sais. Et je la nie. Je lui dénie tout pouvoir sur moi.
Tu sais un jour, on m’a demandé si ma génétrice maintenant morte (je cite) je pouvais enfin la haïr… *sourire* j’ai répondu : Non !
Et tu sais pourquoi ? Imagine toutes les réalités qu’on ne connait pas. Qu’on ne peut même pas entrevoir. Imagine que derrière la mort il y ai des tas d’autres paliers. Puis prend conscience de ce lien que la haine crée entre le haineux et le subissant. Tu imagines ? Non ? Attends je t’expliques…
Elle me hait et crée ce lien entre elle et moi. Qui me bloque, qui me retient. Qui me freine sans fin. Elle meurt, ce qui ne change rien, sa haine subsite, le temps que durera le lien dans les souvenirs qui sont miens. Si je lui rend la haine, si je pars moi aussi dans ce domaine, je crée moi aussi un lien, et ce lien forcément la retiendra sur un éventuel palier de l’autre coté. Si je la hais, je l’empêche d’avancer… d’aller plus loin sur le chemin de l’autre coté, ce sentier qui est devenu le sien et toutes les portes qu’elles devra ouvrir ou forcer. donc si je la hais en retour, je la garde près de moi… Tout le paradoxe est là… Qui ne sait pas sortir de ces liens de haine s’attache, se dote de chaînes et se prive d’espace.
Je ne suis pas de cette race, j’ai une chaîne à la cheville… Je porte des talons aiguille parfois… je suis libre, j’ai l’espace… l’espace que prennent les mauvaises herbes au gout d’amertume et qui malgré le goudron se moquent du bitume…
Caly 09.2005