C'était un matin de mars. Un de ces matins froids et gris, un de ces matins ou le ciel semble tombé dans le canal d'à coté….
La télé en sourdine annonce l'entame d'une nouvelle guerre. Premières bombes sur l'Irak. Douche, longtemps, longtemps, sans jeux, sans "je", elle n'est pas, elle n'est plus…
Gestes mécaniques, oubliée la rythmique. Habillage… Noir ? non pas. Jean's et blouson, pas de raison.
Maquillage, un peu, beaucoup, cacher les yeux derrière le flou, make up, make down, reste là et bouge pas me souffle ma raison…
Ma raison, Ma maison….
Autoroute, bouchons, foule de "cons" n'ayant pas raison d'être là à cette heure…. dix heures, je suis en retard, dans un quart d'heure il sera trop tard….
Je veux être en avance. Avant Lui. Oui pour une fois je voudrais le précéder…
Je fonce, bande d'urgence, il y a urgence, c'est mon dernier rendrez-vous, le dernier ! entendez-vous ?! tirez-vous de mon chemin, je dois foncer, c'est mon destin, mon passé que je dois rejoindre là et maintenant !
Une place devant l'église, la voiture garée, une aube de glace si grise, et le jardin du presbytère… Une scupture géante qui représente une grotte. Une vierge dedans portant l'enfant sur son bras, près de son coeur. Derrière il y a espace, juste de quoi abriter les amours d'adolescence, les amours d'avant l'Amour…
Un jardin de curé en contre-bas, terne et triste, un jardin encore en hivers… quelques buis, quelques sapins, gris comme ce matin….
Quelques tombes oubliées, cachées sous les ronces qui semblent mortes, elles aussi…
Rappel, on me rapelle. Je dois faire acte de présence. Approcher du parvis… attendre. La voiture s'avance, grise, couverte de fleurs en couronnes. Il n'y a pas de lauriers, il n'y a que le vide en moi … et cette voiture, et une caisse en bois que des hommes noirs portent, au pas cadencé, jusqu'au trépied posé là à l'entrée de la nef…
C'est la nef des fous, la nef du flou… je tourne, tout vire, rien n'est vrai sauf le délire. Ce bois vernis, couleur de chêne, ce bois dont tu n'étais pas, toi enfermé là dans ces planches rousses.
La famille hostile, les liens du sang sont parfois fossiles, rester là, tétanisée devant l'autel. Mémoire de mes croyances d'enfances, quand je priais dieu et jésus et marie. Non, je ne mettrai aucune Majuscule à ces noms là.
La famille d'un coté, soudée et se disputant pourtant. Moi esseulée, face à cette boite, cette caisse, ce bois luisant, surmonté d'une croix et d'une couronne de roses. Moi, seule, ne connaissant pas leur rites chrétiens, toujours debout, parce que jamais, jamais, jamais plus, je ne me mettrai à genoux, moi debout et seule, si seule devant ce bois maintenant dormant…
Le curé parle, il raconte, la vie, La Vie, et moi, moi je sais qu'il ment, qu'il ne sait rien, qu'il parle dans le vide, j'ai envie d'hurler. Mais tous les autres écoutent, l'oeil bovin, la face porcine…
Moi, je me souviens…. c'était un Homme, un de ceux qui n'ont pas vraiment eu le choix, qui a construit sa vie cahin-caha, un mec qui a fait des erreurs, j'en suis la première victime, mais un mec qui à su un jour me dire qu'il regrettait…. même s'il a utilisé d'autres mots, plus confus, plus mélés, enmélé qu'il était dans ses peurs à lui…
Et moi Sa fille je suis là, dans cette église froide et grise. J'ai envie de me coucher sur ce bois. Me coucher sur cette caisse, et par delà ressentir la chaleur de l'amour entre lui et moi, une dernière fois, malgré tout, malgré lui, malgré ses erreurs et mes reproches, j'avais envie de lui dire une dernière fois….
Le curé s'est tu, rien n'étais dit, mais tu n'étais plus, pour l'église tu étais au royaume béni, encore une étape et tout serait dit…
Transport de bois, de caisse dans la voiture, oui je sais, on appelle ça un corbillard. un corp billard, game over, pas la peine de flipper, il est trop tard….
A pas d'homme, de mon pas de femme j'ai suivi, cette caisse de bois, ces planches luisantes, j'ai marché, la tête haute et les yeux sec, j'ai suivi ta trace comme j'ai fait si souvent dans ma vie….
Le cimetière du village, le soleil se lève enfin…. un rayon, un dernier rayon de soleil pour toi….
Je regarde ce trou, creusé, profond, à dimension de cette caisse incongrue que je regarde malgré moi.
Le curé parle encore, il me donne le tourni, moi je ne vois plus que ce trou, creusé dans cette terre sale de trop de morts reçus et hébergés, je sais ton souhait d'être incinéré, je n'en peux plus de révolte, mais ta femme, ma génitrice à décidé de t'enterrer, je ne peux que subir… et je reste immobile, les yeux secs… à te regarder mettre en terre.
Ils sont tous partis, nous sommes seuls toi et moi…. moi debout devant cette fosse, toi dans cette boite en bois….
Et là, devant toi couché dans cette boite à mes pieds, j'ai enfin réussi à te parler, à te dire mes peurs, mes hésitations, mes amours, Mon Amour aussi…
Il y a trois ans… déjà…. seulement….
Tu étais mon père….si peu… si tant…
Caly 03.2006