Je crois que le temps de la réponse est venu… Ne vois aucune indifférence dans mon silence, ni une quelconque paresseuse nonchalance… non, rien de tout ça, simplement certains mots doivent tels les fruits de l’été prendre le temps d’arriver à maturité….
Et c’est gorgée du soleil de cet après-midi de mai, que je reviens à ton message, ta lettre-outrage…
Que te dire que tu ne sais déjà ? Qu’il était une fois… Qu’un soir de septembre, il y a eu naissance… et quand bien même le travail d’expulsion à duré jusqu’au jour de ta mort, l’officialité de mes papiers ne te permettais pas de me nier….
Qu’y puis-je si je n’étais qu’une gosse, moche, grosse, timide et empruntée ? tellement “empruntée” d’ailleurs que tu m’aurais bien rendue sans intérêts, ni aggios au néant dont tu m’avais tirée… qu’y puis-je….
Mais sais-tu Anna, oui laisse moi t’appeler comme ça, après tout c’est ton prénom, n’espère pas que je te nomme autrement…. sais-tu ma hantise d’enfance ? te l’ais-je jamais avoué ?…. J’avais peur, tellement peur de te ressembler…. car après tout, à mon corps défendant, je portais en moi la plupart de tes gênes… tu imagines mon angoisse ? Te ressembler ! quelle poisse…
J’en suis arrivée le temps d’une sortie d’enfance à aimer le mépris dans tes yeux, cet éclair du regard qui affirmait nos différences, j’étais trop paysane, trop flamande dans les tripes, trop nature et immature que pour appartenir à ta noblesse petite mais ancienne dé(ca)pitée par une révolution impudente et impudique, au diable les sans-culottes…
et découvrir avec horreur à l’adolescence que j’avais les attaches fines, le port altier, que j’étais femme… et de ta race… de ton sang…
Que dire de plus… sinon qu’un soir de printemps j’ai décidé de trouver ailleurs la tendresse que tu m’as toujours refusée… dieu que les fleurs de cerisier sont belles sous le soleil des caresses… quand telle une promesse de bonheur, la fleur se fait fruit… difficile de se réveiller en plein brouillard londonien… quand ton mari, mon père, comme pour mieux entamer la boucherie prit une seule chambre à l’hotel… difficile …
Difficile d’accepter le vide, d’assumer le “jamais plus”… Admettre de ne jamais porter semence, de n’être que ventre-cimetière… difficile…
Le reste de mon parcours ne te regarde pas. Simplement pour ton information, pour te prouver à quel point tu as échoué, je peux te promettre que je n’ai jamais laissé la haine faire partie de ma vie.
Je suis en quête, oui je sais, tu ne comprends pas… J’avance, même si je ne sais pas vers quoi. D’ailleurs faut-il un but pour évoluer ? Je vis, je pleure, je ris, j’ai des amis… l’un d’eux m’a dit dernièrement que j’étais sa “préférence”. Tu imagines le cadeau ? j’en ai pleuré de joie, un bonheur que tu ne peux comprendre, pour la première fois j’ai ressenti que j’avais de l’importance, que j’existais vraiment, que j’avais une place ici, dans la vie…. la sienne, la mienne… et de savoir, d’accepter qu’il existe une lumière en moi, malgré toi, malgré tout…. et que cette lueur fragile me rend moins futile, plus ardente, moins fragile…
Que dire de plus…. sinon que je vais m’en sortir… que m’importe toi et toutes celles de ta race… Je suis et je serai autrement… que m’importent les jugements, les jalousies, les incompréhension, je suis et je serai tout simplement…
Je vais terminer ici, je n’ai plus rien à te dire… Ta dernière lettre, je l’ai brulée, partie en fumée… et ce petit tas de cendre que j’ai répandu dans le jardin, ne servira que d’engrais aux fleurs des parterres… j’y ai planté des rosiers…. et c’est marrant…. (enfin marrant, c’est pas le mot, mais je me comprend), que ce soient tes mots de haine qui leur servent d’engrais…
Mais… comme dit le poète, et j’en suis quelque part une preuve parmis tant d’autres, les plus belles fleurs naissent et poussent sur le fumier….
A ne plus jamais te lire…
Ta fille
Caly 07.2005
Miss Niva a dit,
mai 29, 2006 à 9:08
Ton texte m’as pris aux trippes ! c’est bien sûr un sujet brûlant…douloureux…et personne ne peut rester insensible à ça…
Lui as-tu pardonnée ?
Caly a dit,
mai 30, 2006 à 5:18
non
et je ne le ferai jamais.