Matins

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Il est des matins de brumes, des matins où l’aube se lève comme à regrêt, ne faisant reculer que tout doucement le voile protecteur de la nuit. Des matins sans lendemains, qui n’éteignent pas les étoiles brillant au ciel de mon lit, quand la lumière se fait hésitante, infiniment tremblante, préférant se diluer dans le brouillard de mes pensées, pâle lueur laiteuse, rendant l’humeur taiseuse… Des matins ou le paysage de ma vie se fait flou, au regard d’un amour un peu fou.

Est-ce la rosée ou les larmes qui emperlent mon visage ? …

Il est des matins sans romances, simple erreur, nulle inconstance… la rose des sables devient rose de chair, la poussière du désert se fait rocher sous rayon de glace, aucune grand voile ne dépasse la ligne courbe de l’horizon, les yeux se baissent… les yeux se ferment. Regarder tout là haut vers l’astre roi, s’offrir telle sacrifiée sur l’autel des mots, sachant que le choix n’est plus qu’un souvenir vague recouvert d’écume, refluant en pays d’embruns.

Est-ce la rosée ou les larmes qui emperlent ton visage ? …

Il est des matins qui ressemblent à des crépuscules, soleil couchant sur mon corps vibrant, lame de fond mourrant sur rivages d’émotion, souffle pur sur pétale de rose, caresse du vent éperdu, hésitant entre doux zéphyr et sirocco sauvage, tempête soudaine, l’oiseau de feu, le temps d’un soupir, tourne et virevolte, puis s’enfuit d’un battement de coeur. Le cri enfle et se déchire, s’éfiloche et se casse. Le cri meurt sans un cri. Alors l’ame se fait plume, que je trempe dans l’encre de mon sang, pour dessiner sur le sable, en folles arabesques, le mot magique…

Est-ce la rosée ou les larmes qui emperlent nos visages ?…

Caly 08.2004

(*)Illustration (superbe n'est-il pas ?) : Dany Encore mille merci à toi

bon anniversaire

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A celui qui a su m'apprivoiser

A ce Lui devenu mon "IL"

Mon toit, mon ile

A Toi

A Nous

 

 

un autre matin…

C'était un matin de mars. Un de ces matins froids et gris, un de ces matins ou le ciel semble tombé dans le canal d'à coté….

La télé en sourdine annonce l'entame d'une nouvelle guerre. Premières bombes sur l'Irak. Douche, longtemps, longtemps, sans jeux, sans "je", elle n'est pas, elle n'est plus…

Gestes mécaniques, oubliée la rythmique. Habillage… Noir ? non pas. Jean's et blouson, pas de raison.

Maquillage, un peu, beaucoup, cacher les yeux derrière le flou, make up, make down, reste là et bouge pas me souffle ma raison…

Ma raison, Ma maison….

Autoroute, bouchons, foule de "cons" n'ayant pas raison d'être là à cette heure…. dix heures, je suis en retard, dans un quart d'heure il sera trop tard….

Je veux être en avance. Avant Lui. Oui pour une fois je voudrais le précéder…

Je fonce, bande d'urgence, il y a urgence, c'est mon dernier rendrez-vous, le dernier ! entendez-vous ?! tirez-vous de mon chemin, je dois foncer, c'est mon destin, mon passé que je dois rejoindre là et maintenant !

Une place devant l'église, la voiture garée, une aube de glace si grise, et le jardin du presbytère… Une scupture géante qui représente une grotte. Une vierge dedans portant l'enfant sur son bras, près de son coeur. Derrière il y a espace, juste de quoi abriter les amours d'adolescence, les amours d'avant l'Amour…

Un jardin de curé en contre-bas, terne et triste, un jardin encore en hivers… quelques buis, quelques sapins, gris comme ce matin….

Quelques tombes oubliées, cachées sous les ronces qui semblent mortes, elles aussi…

Rappel, on me rapelle. Je dois faire acte de présence. Approcher du parvis… attendre. La voiture s'avance, grise, couverte de fleurs en couronnes. Il n'y a pas de lauriers, il n'y a que le vide en moi … et cette voiture, et une caisse en bois que des hommes noirs portent, au pas cadencé, jusqu'au trépied posé là à l'entrée de la nef…

C'est la nef des fous, la nef du flou… je tourne, tout vire, rien n'est vrai sauf le délire. Ce bois vernis, couleur de chêne, ce bois dont tu n'étais pas, toi enfermé là dans ces planches rousses.

La famille hostile, les liens du sang sont parfois fossiles, rester là, tétanisée devant l'autel. Mémoire de mes croyances d'enfances, quand je priais dieu et jésus et marie. Non, je ne mettrai aucune Majuscule à ces noms là.

La famille d'un coté, soudée et se disputant pourtant. Moi esseulée, face à cette boite, cette caisse, ce bois luisant, surmonté d'une croix et d'une couronne de roses. Moi, seule, ne connaissant pas leur rites chrétiens, toujours debout, parce que jamais, jamais, jamais plus, je ne me mettrai à genoux, moi debout et seule, si seule devant ce bois maintenant dormant…

Le curé parle, il raconte, la vie, La Vie, et moi, moi je sais qu'il ment, qu'il ne sait rien, qu'il parle dans le vide, j'ai envie d'hurler. Mais tous les autres écoutent, l'oeil bovin, la face porcine…

Moi, je me souviens…. c'était un Homme, un de ceux qui n'ont pas vraiment eu le choix, qui a construit sa vie cahin-caha, un mec qui a fait des erreurs, j'en suis la première victime, mais un mec qui à su un jour me dire qu'il regrettait…. même s'il a utilisé d'autres mots, plus confus, plus mélés, enmélé qu'il était dans ses peurs à lui…

Et moi Sa fille je suis là, dans cette église froide et grise. J'ai envie de me coucher sur ce bois. Me coucher sur cette caisse, et par delà ressentir la chaleur de l'amour entre lui et moi, une dernière fois, malgré tout, malgré lui, malgré ses erreurs et mes reproches, j'avais envie de lui dire une dernière fois….

Le curé s'est tu, rien n'étais dit, mais tu n'étais plus, pour l'église tu étais au royaume béni, encore une étape et tout serait dit…

Transport de bois, de caisse dans la voiture, oui je sais, on appelle ça un corbillard. un corp billard, game over, pas la peine de flipper, il est trop tard….

A pas d'homme, de mon pas de femme j'ai suivi, cette caisse de bois, ces planches luisantes, j'ai marché, la tête haute et les yeux sec, j'ai suivi ta trace comme j'ai fait si souvent dans ma vie….

Le cimetière du village, le soleil se lève enfin…. un rayon, un dernier rayon de soleil pour toi….

Je regarde ce trou, creusé, profond, à dimension de cette caisse incongrue que je regarde malgré moi.

Le curé parle encore, il me donne le tourni, moi je ne vois plus que ce trou, creusé dans cette terre sale de trop de morts reçus et hébergés, je sais ton souhait d'être incinéré, je n'en peux plus de révolte, mais ta femme, ma génitrice à décidé de t'enterrer, je ne peux que subir… et je reste immobile, les yeux secs… à te regarder mettre en terre.

Ils sont tous partis, nous sommes seuls toi et moi…. moi debout devant cette fosse, toi dans cette boite en bois….

Et là, devant toi couché dans cette boite à mes pieds, j'ai enfin réussi à te parler, à te dire mes peurs, mes hésitations, mes amours, Mon Amour aussi…

Il y a trois ans… déjà…. seulement….

Tu étais mon père….si peu… si tant…

 Caly 03.2006

Un cri

Un cauchemard dans la nuit noire, un rêve maudit qui lève le voile de l’interdit, qui réveille le temps d’un instant quelques bribes de mémoire. Quelques bribes seulement. Le corps se couvre de sueur, tremble, s’in-contrôle, se souvient, reprend dimension de l’enfance, de la souffrance, des gestes. La douleur grandissante, la peur omniprésente. Le coeur bat vite, si vite, l’air qui manque, à en perdre ses marques, sans souffle les sanglots s’étouffent, les larmes déforment, camoufflent sous les paupières closes l’horreur du dernier acte. Le corps se débat… Le corps se meure dans le combat… Le coeur palpite, encore un peu, si lent… si las…

Un cri d’effroi, quelques mots, deux non trois…

Vaincu d’avance, l’esprit refuse le débat. Refflue loin, si loin tout au fond de soi. Se clos, se murre, s’évade. Loin de l’arène. Loin du stade. Derrière paravent comme pour nier le charnier. Rien n’est vrai. Comme dans l’histoire du Petit Poucet. L’esprit se tait. L’âme se voile. Prépare l’absurdie de toute une vie. Assiste impuissante au spectacle. Prévoit l’ultime débacle. L’esprit se vide. Se fait léger, léger. S’envole, l’âme s’élève, grandit jusqu’à l’oubli, monte, monte vers l’infini. Nie la séquence, change de fréquence… L’âme s’enfuit vers le silence. A ne plus entendre ce cri, qui sonne et résonne, venu du fond de la nuit…

Ce cri venu du froid… “lache-moi… papa”

Au matin tout s’estompe, tout s’oublie… dans le flou tout s’éffiloche, se dilue, se dissout. Ce n’était qu’un cauchemard dans la nuit, rien qu’un rêve maudit, issu d’un pays sombre qui répond au doux nom d’Amnésie….

Caly 08.2005

lettre à…

Je crois que le temps de la réponse est venu… Ne vois aucune indifférence dans mon silence, ni une quelconque paresseuse nonchalance… non, rien de tout ça, simplement certains mots doivent tels les fruits de l’été prendre le temps d’arriver à maturité….

Et c’est gorgée du soleil de cet après-midi de mai, que je reviens à ton message, ta lettre-outrage…

Que te dire que tu ne sais déjà ? Qu’il était une fois… Qu’un soir de septembre, il y a eu naissance… et quand bien même le travail d’expulsion à duré jusqu’au jour de ta mort, l’officialité de mes papiers ne te permettais pas de me nier….

Qu’y puis-je si je n’étais qu’une gosse, moche, grosse, timide et empruntée ? tellement “empruntée” d’ailleurs que tu m’aurais bien rendue sans intérêts, ni aggios au néant dont tu m’avais tirée… qu’y puis-je….

Mais sais-tu Anna, oui laisse moi t’appeler comme ça, après tout c’est ton prénom, n’espère pas que je te nomme autrement…. sais-tu ma hantise d’enfance ? te l’ais-je jamais avoué ?…. J’avais peur, tellement peur de te ressembler…. car après tout, à mon corps défendant, je portais en moi la plupart de tes gênes… tu imagines mon angoisse ? Te ressembler ! quelle poisse…

J’en suis arrivée le temps d’une sortie d’enfance à aimer le mépris dans tes yeux, cet éclair du regard qui affirmait nos différences, j’étais trop paysane, trop flamande dans les tripes, trop nature et immature que pour appartenir à ta noblesse petite mais ancienne dé(ca)pitée par une révolution impudente et impudique, au diable les sans-culottes…

et découvrir avec horreur à l’adolescence que j’avais les attaches fines, le port altier, que j’étais femme… et de ta race… de ton sang…

Que dire de plus… sinon qu’un soir de printemps j’ai décidé de trouver ailleurs la tendresse que tu m’as toujours refusée… dieu que les fleurs de cerisier sont belles sous le soleil des caresses… quand telle une promesse de bonheur, la fleur se fait fruit… difficile de se réveiller en plein brouillard londonien… quand ton mari, mon père, comme pour mieux entamer la boucherie prit une seule chambre à l’hotel… difficile …

Difficile d’accepter le vide, d’assumer le “jamais plus”… Admettre de ne jamais porter semence, de n’être que ventre-cimetière… difficile…

Le reste de mon parcours ne te regarde pas. Simplement pour ton information, pour te prouver à quel point tu as échoué, je peux te promettre que je n’ai jamais laissé la haine faire partie de ma vie.

Je suis en quête, oui je sais, tu ne comprends pas… J’avance, même si je ne sais pas vers quoi. D’ailleurs faut-il un but pour évoluer ? Je vis, je pleure, je ris, j’ai des amis… l’un d’eux m’a dit dernièrement que j’étais sa “préférence”. Tu imagines le cadeau ? j’en ai pleuré de joie, un bonheur que tu ne peux comprendre, pour la première fois j’ai ressenti que j’avais de l’importance, que j’existais vraiment, que j’avais une place ici, dans la vie…. la sienne, la mienne… et de savoir, d’accepter qu’il existe une lumière en moi, malgré toi, malgré tout…. et que cette lueur fragile me rend moins futile, plus ardente, moins fragile…

Que dire de plus…. sinon que je vais m’en sortir… que m’importe toi et toutes celles de ta race… Je suis et je serai autrement… que m’importent les jugements, les jalousies, les incompréhension, je suis et je serai tout simplement…

Je vais terminer ici, je n’ai plus rien à te dire… Ta dernière lettre, je l’ai brulée, partie en fumée… et ce petit tas de cendre que j’ai répandu dans le jardin, ne servira que d’engrais aux fleurs des parterres… j’y ai planté des rosiers…. et c’est marrant…. (enfin marrant, c’est pas le mot, mais je me comprend), que ce soient tes mots de haine qui leur servent d’engrais…

Mais… comme dit le poète, et j’en suis quelque part une preuve parmis tant d’autres, les plus belles fleurs naissent et poussent sur le fumier….

A ne plus jamais te lire…

Ta fille

Caly 07.2005

Han !

Un de mes boss :

- Black Fury ! j'attends toujours le rapport sur le colis égaré de notre client "x" !

- (il m'énerve, mais il m'énerve !) je vous ai envoyé ça samedi soir par mail, Monsieur….

- Je n'ai rien reçu ! et la procédure pour le nouveau client qui arrive début juin ! Hein ! rien reçu non plus ! Votre productivité baisse !

- je vous ai envoyé la procédure par mail dimanche Môsieur… (Mais pour qui qu'il se prend ce gus ? )
- ??? ce week-end ???

- oui Môôôsieur ! (d'ailleurs en général un samedi et un dimanche ça tombe souvent un week-end, tu sais ! banane ! ) Via mon mail perso, ceci pour vous prouver que ma productivité est au summum même le week-end ! (tu parles, j'en ai rien à cirer pour l'instant et si j'ai bossé ce week-end c'est parce que mon "IL" guindaillait ! (et toc !) *sourires*)

- c'est comment votre adresse mail personnelle déjà ?

- Justintime…

- Pardon ?

- (C'est pas possible, il est pas complet!) Mon adresse mail perso c'est : Just In Time, Môôôôôôôsieur…

- ah, oui, je me souviens. J'ai détruits ces messages, je vous ai prise pour un spam.

*tombée*

Acceptance repport

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Re-garder encore ce miroir en face de moi, scruter encore une fois cette femme, moi… Et cette image qui pour la première fois me fait face, ces yeux qui me regardent souriant… comprenant le temps et l'espace qu'il a fallu traverser dans la glace mouroir des souvenirs, qui bernent et qui tassent toute vélléité d'avenir….

Difficile à comprendre les errances, les temps perdus, fini la souffrance ? non pas, non plus…

Pourtant quelques pierres noires, quelques pierres blanches que j'ai rassemblées, mises en place, sur un mausolée pour donner surface, une place ou pleurer l'enfant … Non ! pas oublié !non,pas effacé ! mais le souvenir devient doux, plus doux, simplement libéré…

Comment expliquer, que tout simplement aujourd'hui je me sens bien ? Comment vous dire que je suis peut-être en délire, mais qu'il est des moments magiciens ?

Ne pas dire, simplement sourire… ne pas culpabiliser face à la mémoire éffacée, accepter d'oser dire :

Je suis !

J'en aurai mis du temps, à oser me regarder sans angoisses dans le miroir d'en face…

J'en aurai mis du temps, à accepter de voir dans mes prunelles, cette lumière, cette étincelle…

J'en aurai mis du temps à me parler au présent…

J'en aurai mis du temps à me sentir bien…

Mais le temps est magicien…

Ou est-ce le Magicien qui fait le temps ?

Caly 10.2005

note : texte que l'on peut écouter sur mon radio-blog.  *sourire* 

Des hommes

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Jamais je n'ai cherché la gloire
Ni voulu dans la mémoire
des hommes
Laisser mes chansons
Mais j'aime les mondes subtiles
Aériens et délicats
Comme des bulles de savon.

J'aime les voir s'envoler,
Se colorer de soleil et de pourpre,
Voler sous le ciel bleu, subitement trembler,
Puis éclater.

A demander ce que tu sais
Tu ne dois pas perdre ton temps
Et à des questions sans réponse
Qui donc pourrait te répondre?

Chantez en coeur avec moi:
Savoir? Nous ne savons rien
Venus d'une mer de mystère
Vers une mer inconnue nous allons
Et entre les deux mystères
Règne la grave énigme
Une clef inconnue ferme les trois coffres
Le savant n'enseigne rien, lumière n'éclaire pas
Que disent les mots?
Et que dit l'eau du rocher?

Voyageur, le chemin
C'est les traces de tes pas
C'est tout; voyageur,
il n'y a pas de chemin,
Le chemin se fait en marchant
Le chemin se fait en marchant
Et quand tu regardes en arrière
Tu vois le sentier que jamais
Tu ne dois à nouveau fouler
Voyageur! Il n'y a pas de chemins
Rien que des sillages sur la mer.

Tout passe et tout demeure
Mais notre affaire est de passer
De passer en traçant
Des chemins
Des chemins sur la mer

Antonio Machado

note : texte que l'on peut écouter sur mon radio-blog.  *sourire*

L’amour c’est ?

 

 

 

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L'amour c'est rien
Elle est pas belle la vie ?

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magicien…

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Excuses mon silence, Magicien, j’étais en pays d’Absence… J’ai cru un instant ne pas revenir, trop envie de partir, quitter ce monde de fous…

Tu vois, parfois j’ai froid, parfois j’ai peur… c’est comme un souffle glacial venu de loin, venu d’ailleurs… et je tremble, couchée en position foetale, au fond du lit ou du jardin, dans un coin sombre, me fondre dans l’ombre, qu’on me laisse, qu’on me lâche enfin…

J’ai peur de la haine, c’est contagieux tu sais, la haine… C’est comme la peste, cela noircit l’âme, le coeur… Cela noircit la vie surtout… Moi, je ne veux pas être contaminée, alors je me fais toute petite, devant la vie, devant les avanies… Je pleure en silence et je coule… pas d’importance…

Parfois, on ne guerrit pas des blessures, je parle de celles de l’âme, de celles du coeur… et non pas de la douleur physique qui s’oublie dès que passée, telle une rage de dent dont on ne se souvient plus avant la suivante…

Et, tu vois, certains jours les souvenirs ressurgissent, prennent toute la place, la blessure se remontre, grosse plaie béante…. et je reste impuissante devant la douleur, je sais pourtant que la seule manière de guérir, c’est de partir… et ces jours là j’ai envie… j’imagine une toute petite coupure, bien nette, à la lame gilette et le goutte à goutte inversé de mon sang, qui perles écarlates jaillissent et s’écrasent en une fuite de vie sur le carrelage de pierres grises, aussi grises que les pensées qui fusent.

Je revois tous les choix, tous les carrefours de ma vie… et j’imagine qu’à chacun d’eux, dans une vie parrallèle, une autre Caly à choisit une autre direction… L’une d’elles serait morte sous un cerisier, une autre aurait un fils nommé Sébastien, une autre encore…

Mais je délire…

Oh ne t’inquiètes pas, je sais bien que la mort ne veut pas de moi… pas encore. Faut croire que je n’ai pas atteint le quotat de larmes… ni celui du sourire non plus…

T’ais-je jamais raconté la fin de l’histoire du cerisier ? non, il est vrai que je n’en parle jamais… probablement parce que ce n’était pas la fin tant espérée… C’est un chien qui m’a retrouvé, un jeune batard d’épagneul et de berger allemand, que son maître promenait non loin… moi, je n’étais presque plus là, je ne me souviens de rien… c’est l’homme qui m’a raconté quand il est venu me visiter à la sortie du coma… il m’a dit son chien qui hurlait à la mort assis à mes cotés et la peur qu’il a ressenti en me voyant inconsciente et couverte de sang… Il me croyait assassinée, morte déjà… moi j’écoutais, je le regardais… je sentais bien qu’il attendait un merci, un geste d’affectueuse reconnaissance… Mais comment dire merci à celui qui, par son intervention, vous a retenu en enfer ? Je lui devais la vie, mais la vie ne m’étais rien, donc nous étions quitte, et je me suis détournée sans un mot, sans un regard, des larmes de rage plein les yeux pour ce départ manqué…

Ce n’est que des années plus tard, que je l’ai cherché et retrouvé… deux ans, ou trois peut-être avaient passé… là j’ai été chez lui, je lui ai dit ce merci qu’il n’espérait probablement plus, je lui ai demandé de m’excuser aussi pour avoir tant tardé… je lui ai demandé le nom de son chien, “Arnak” m’a-t-il dit… et nous avons éclaté de rire, parce que finalement vrai que c’est une belle arnaque la vie…

Mais si je prend la plume aujourd’hui, Magicien, c’est avant tout pour te dire merci. Car, une fois encore, je m’étais aventurée très loin sur le chemin…

Non pas un caprice, ni une folie, simplement la vie, la haine, le mépris, toutes ces petites choses subies qui rouvrent les blessures non cicatrisées… et bien que je t’ai confié mon âme, me reste le coeur à guérir et ce n’est pas facile, tu sais à quel point il est fragile…

Alors oui, je te dis merci car c’est, je le sais bien, ton égrégore qui a dirigé mes lectures vers Epicure, vers Pythagore. J’ai lu, j’ai bu chaque mot, puis j’ai fermé les yeux, trop de puissance, trop de lumière dans ces phrases…

Et sous mes paupières closes, j’ai ressenti ton regard qui se pose…

…à travers le temps, à travers l’espace…

…sur moi.

Merci

Caly 07.2005

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