L(‘)ame de fond…

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J'étais bien là-bas sur son île, appaisée, sereine, loin des tensions d'ici, à des années-lumières des regards de reproches à peine voilés, des orages, des mots de rage… J'étais bien, baignée de tendresse, blottie tout au fond de ses bras.

Et pourtant, (d'ailleurs est-ce à cause de ce bien-être ?), pourtant la digue s'est rompue, le barrage à cédé, un torrent de larmes à coulé. Pas de ces larmes que je laisse perler parfois, ces larmes silencieuses qui tombent goutte à goutte pour évacuer le trop plein, celles qui s'oublient aussitot évaporées. Non pas. C'était comme un chagrin d'enfance, à gros sanglots, bruyants, je pleurais comme une gosse m'accrochant, cherchant l'air, reniflant, sans honte pourtant. Je chialais de trop d'émotions refoulées pendant des années. Je pleurais, l'eau remontait du ventre, du coeur, de tout mon corps. L'eau sortait enfin, encore et encore, un flot ininterrompu, un torrent de larmes à coups de gros sanglots…

Certains m'auraient dit : "arrête ! tu te fais du mal"

Mon "IL" a murmuré en me serrant un peu plus fort : "pleure, pleure… va plus loin, il y en a encore"…

Oui, il y en a encore. Des étangs, des lacs, des océans. Mais je sais aujourd'hui que j'arriverai à inverser le cours de l'eau, que je remonterai le fleuve jusqu'à sa source, que je ferai couler toutes ces rivières, hors de moi. Avec l'eau s'évacuera la boue, les ruisseaux laveront la mémoire, les larmes rinceront l'âme…

Ensuite, je reconstruirai la vague océane, goutte à goutte, elle sera elle aussi faite de larmes, mais de larmes de bonheur…