Je regarde le gamin assis en face de moi. Le silence rend sa nervosité, sa tension presque palpable. Il a le visage fermé, butté, pale de trop de joints fumés ce week-end.
Sur la table entre nous, un papier sale et froissé, couvert d'une écriture enfantine, non formée, comme balbutiante et des mots orduriers que ce gamin a écrit vendredi dernier à l'attention d'un de ses collègues de l'équipe du soir… un billet d'insulte qu'un vent favorable (?) à déposé entre mes mains.
Je regarde ce gamin, je me dis qu'il pourait être le mien…. si le destin avait été… différent.
Comment expliquer à ces jeunes, à ces presqu'enfants encore, qu'il existe une notion qui s'appelle : le respect ? Comme leur faire comprendre la différence entre l'humain et l'animal, leur faire prendre conscience qu'ils valent mieux que ces mots d'insultes échangés, ces menaces parfois à peine voilées… Ils n'ont aucune notion des mots, aucune notion de rien, sauf leur monde de violence, de rires gras soulignant des blagues salaces, du pointé de doigt quand ils ne sont pas d'accord….
Je fatigue parfois face à mes p'tits gars. J'ai envie de baisser les bras. Je regarde ce gamin, les pensées fusent, des images fugaces, tenaces… J'ai envie de lui dire : "lèves-toi, retourne bosser, on n'est pas de la même race ! moi je suis humaine ! mais toi ? "….
Il me toise, il sent que je pourrais craquer là maintenant… Il a l'instinct de tous ceux qui ont souffert du manque. Du manque d'amour, avant le manque de shit, du mal d'affection avant même de comprendre le mal-être, s'imaginant dans sa révolte être mâle, donc dominant… Il me toise, se croit vainqueur, il n'est pour l'instant que vain-coeur….
Je lui demande doucement…. : "si je t'avais écrit la même lettre que toi à ton collègue… qu'aurais-tu exigé en réparation ?"
- "des excuses" ! sa réponse fuse…
je souri, puis j'éclate de rires…. : "donc?"
- "donc quoi?" il aboye
- "tu l'exigerais pour toi, alors pourquoi ne pas le faire pour un autre?"
- "…. "
- "il vaut moins que toi?"
- "nan!"
- "alors? pourquoi ?"
- "ouaip bon, je vais m'excuser ! vous êtes contente?"
- "Oh oui mon p'tit gars que je le suis ! Tu me feras ça pour demain matin ?"
- "ouaip, mais c'est bien parce que c'est vous !"
- "nan ! c'est parce que c'est toi"
- "ouaip, bon, je peux y aller maintenant ?"
- *soupir*
(entre nous, je les aime bien, mes p'tits gars… sourire…. mais surtout ne leur répétez pas
)