La cavale…

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Ce livre me suit depuis mes années galères. C’est dire si ça fait un bail. Je ne ferai pas ici de bibliographie, ni de résumé, après tout, il y a l’ami google pour vous renseigner… rires…

Ce livre c’est un écho, un état d’esprit, un mode de pensée, un hymne à la Liberté qui correspondait parfaitement à la gamine rebelle que j’étais à l’époque. D’ailleurs les choses n’ont pas changé, in fine. A part que j’ai pris de l’age évidemment, mais pour le reste…. sourires…

Je n’ai finalement gardé que peu de souvenirs (bien que je les trouves parfois encore trop nombreux) de ces années là. Les homes, les “bonnes” soeurs, l’isolement, les transferts en combi, les fouilles, la honte, le mépris, la révolte, la prison, les cavales… Dans ma mémoire c’est à la fois très clair et très flou. Paradoxe encore.

Les homes sont à la Belgique ce que les maisons de correction sont à la France. A l’époque on y parquait les gosses “difficiles” sans réel programme éducatif, non rien que du répressif, de l’arbitraire. “Cachez donc cette môme dont nul ne sait que faire. A l’abri des regards jusqu’à sa majorité. Après, de toute façon, c’est la taule qui l’attend“.

Sauf que la taule, je l’ai connue avant. Avant la majorité (21 ans à l’époque, j’en avais même pas 18). Et quand je relis les descriptions qu’Albertine fait de ces taules “collectives”, des dortoirs, des relations entre détenues, je revois la prison de Brugge, j’entend encore la grande porte en bois se refermant dans un bruit de tonnerre derrière moi… Je me revois gamine apeurée et pourtant craneuse, entrant la tête haute dans l’univers carcéral des “grands”…

Je n’avais pourtant commis aucun délit. Non juste la malchance de me faire choper la veille d’un 15 août et d’être déférée devant un juge de la jeunesse remplaçant, le mien étant en vacances jusqu’à mi septembre. Ma réputation à fait le reste. Après tout pour le petit juge débutant, j’étais un sujet encombrant. Rebelle et suicidaire, élue “Reine de la cavale” par mes petites soeurs après une deuxième évasion réussie de Saint-Servais (centre pour filles délinquantes le plus fermé de Belgique à l’époque), sans compter que j’étais soupçonnée d’avoir fourni à Jules Brunin (auteur de “L’enfer des gosses”) les plans dudit site, pour qu’il puisse y “trouver” quelques arguments pour faire bouger les choses dans le domaine de la “protection” de la jeunesse.

Bref, le petit juge n’a pas trouvé mieux que de m’envoyer à Brugge, en attendant le retour de celui qui me “gérait” depuis bientôt deux ans…

Je ne sais pas pourquoi je n’ai pas bénéficié de l’isolement prévu par la loi pour les mineurs incarcérés. J’ai du subir le régime collectif. La promiscuité dans les dortoirs. Le bruit, les disputes, les bagarres. Le cafard. Les larmes parfois. Les fous-rires aussi et une forme un peu brutale de tendresse des détenues qui, malgré leur “rudesse” faisaient tout pour me protéger de moi-même et des matonnes, bonnes soeurs catho, qui n’en rataient pas une pour me harceler, profitant probablement du fait que je n’avais ni avocat, ni contacts extérieurs…

J’étais si jeune… et parmis la quarantaine de femmes parquées là, ensemble, pour cause de délits divers, certaines déjà condamnées, d’autres encore en attente de procès, moi, naïvement, j’attendais que mon juge revienne de vacances.

Paradoxalement (oui encore ! sourires… je Suis un paradoxe ! rires) avec le recul, je me dis que ce petit juge imbécile m’a rendu service… Parce que, grâce à lui, j’ai connu une des autres faces du miroir, un autre aspect de la réalité. Et si ma révolte et ma rébellion en sont sorties grandies, moi aussi.

Je me suis promis à l’époque que plus jamais je ne laisserai “la société” ni aucune loi, ni aucun “con” diriger ma vie, ni m’enfermer.

Et j’ai réussi à tenir parole.


5 commentaires

  1. Dame a dit,

    août 21, 2006 à 2:42

    Vous le dites avec tant de dignité, qu’il n’y a aucun commentaire à formuler..

    Baisers à vous Sweety.

  2. Caly a dit,

    août 21, 2006 à 5:25

    Sourires

    Comme pour d’autres éléments de mon passé, je ne ressens ici ni honte, ni fierté…

    simplement ce passé là fait partie de moi, il est pierre de l’édifice, non plutot atome de la femme que je suis devenue….

    Je ne sais pourquoi j’en parle sur ce blog… et après tout qu’importe…

    Peut-être est-ce le besoin de mettre le passé à plat, avant de prendre envol… qui sait ?

    Je vous remercie Dame, pour votre délicatesse…

    Je vous embrasse sincèrement

  3. L'Eronaute a dit,

    août 22, 2006 à 11:51

    On aimerait aujourd’hui être de ceux qui ont essayé autrefois de vous protéger de l’horreur du système et de vous aider…

  4. Caly a dit,

    août 23, 2006 à 5:12

    A vous lire, L’Eronaute, je suis certaine que vous auriez fait partie de ceux, nombreux et lumineux, qui m’ont aidée à m’en sortir…

    Je vous embrasse (si, si ;) )

  5. Ys a dit,

    août 25, 2006 à 5:29

    ni honte ni fierté , j’aime cette réponse


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